Une fleur : Apparition aux Apôtres de la clôture de chœur de Notre-Dame de Paris

L'Apparition aux Apôtres au Cénacle. Clôture du chœur de Notre-Dame de Paris. Photo Miguel Hermoso Cuesta (image sous licence CC).

L’Apparition aux Apôtres au Cénacle. Clôture du chœur de Notre-Dame de Paris. Photo Miguel Hermoso Cuesta (image sous licence CC).

Une clôture de chœur, à quoi ça sert ?

Remontons le temps. Nous sommes à Rome, au VIe siècle après Jésus-Christ. Les pèlerins affluent sur la tombe de saint Pierre, et il faut trouver un moyen de les faire approcher des reliques du premier des papes : on met en place, autour de sa tombe, un couloir annulaire dans la crypte, qui permet aux pèlerins d’en faire le tour. Aujourd’hui, il n’en reste plus que des traces archéologiques ; néanmoins, si vous avez l’occasion de visiter les fouilles de Saint-Pierre de Rome, profitez-en.

Nouveau saut dans le temps : Auxerre, milieu du IXe siècle. L’évêque souhaite élever en dignité le culte de son lointain prédécesseur, du fondateur du diocèse, saint Germain (d’Auxerre, donc, si vous suivez). Il fait donc déplacer les reliques dans une nouvelle église construite pour l’occasion, avec un plan probablement issu de celui de Rome : au centre, la pièce où sont placées les reliques ; autour, un couloir avec des chapelles et des peintures murales, qui le tour de la pièce rectangulaire. Les pèlerins circulent dans le couloir autour de la pièce aux reliques, qu’on appelle la confession. Tout cela existe encore, y compris les peintures murales, donc si vous allez à Auxerre, vous saurez où passer l’après-midi.

Sautons encore quelques siècles : nous sommes au XIe siècle, toujours en Bourgogne. Allez savoir pourquoi, les gens ont la bougeotte. Ils se mettent en route, qui vers Rome, qui vers Jérusalem, qui vers la Galice où on a découvert récemment le corps de saint Jacques le Majeur. Il y a donc beaucoup de pèlerins dans les églises, et les cryptes à couloir ne suffisent plus. D’autant plus que les reliques se multiplient, et avec elles les autels – ça va ensemble, parce que les reliques sont dans les autels qu’elles sanctifient. Les maîtres d’œuvre romans retravaillent donc l’idée de la crypte avec un couloir circulaire et inventent le déambulatoire : autour du chœur, un couloir donne accès à des chapelles disposées comme les rayons du soleil et par conséquent appelées rayonnantes.

Le temps passe encore, et nous voici à l’époque gothique. Le déambulatoire, si pratique pour faire circuler les pèlerins, pose tout de même un problème : ceux qui célèbrent l’office dans le chœur sont dérangés par tous ces gens qui passent autour d’eux. C’est alors qu’est inventée la clôture de chœur : on construit une cloison entre les colonnes qui séparent le chœur du déambulatoire. Et, comme la fin de l’époque romane et surtout l’époque gothique voient les images s’installer partout, ces clôtures de chœur sont décorées. Sculptées, par exemple, comme ici.

Maintenant que vous savez d’où sort et à quoi sert la clôture du chœur, regardons celle-là de plus près. C’est celle de Paris, construite et sculptée en deux temps : la partie nord au XIIIe siècle, la partie sud au début du XIVe siècle. La partie nord est sculptée de scènes de la Vie du Christ, de son Enfance à sa Passion ; la partie sud nous raconte les apparitions du Christ après sa Résurrection. Ici, le Christ ressuscité apparaît aux disciples réunis au Cénacle et qui doutent encore malgré les récits de Marie-Madeleine, de Pierre et des disciples d’Emmaüs. Pour les convaincre, il leur montre ses plaies, puis mange du poisson, et enfin leur explique ce qui, dans l’Ancien Testament, annonce sa Résurrection. C’est à cet enseignement que renvoie le livre qu’il tient à la main.

Sur ce, affaire à suivre : je vais sans doute encore vous parler de cette clôture de chœur. Son décor est de saison, que voulez-vous…

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Les Tudors

Il y a quelque jours, petite virée au musée du Luxembourg, pour l’exposition Les Tudors.

Si comme moi, vous aimez les peintres qui s’attachent à rendre les costumes, courez-y. Les portraitistes anglais du XVIe siècle y étaient particulièrement attentifs, et les costumes des rois et reines Tudors étaient somptueux.

Alors, bien sûr, il y a Henri VIII par Hans Holbein le Jeune. Bon, très bien. C’est censé être le clou de l’exposition, et, ma foi, ça l’est. Mais il m’a un peu laissée de marbre, tellement je l’ai vu dans tous mes manuels depuis la classe de seconde. C’est un peu l’effet Joconde : on ne la regarde même plus à force de la voir partout. Et puis, les six femmes d’Henri VIII, j’en ai un peu assez, parce qu’elles, c’est depuis la classe de sixième que j’y ai droit. 

 
 

Edouard VI, vers 1546. Londres, National Gallery.

 

 En revanche, j’ai beaucoup aimé un portrait de son fils Edouard VI au moment de son accession au trône, en 1547 : un petit bonhomme de neuf ans en grand costume d’apparat, dans une pose copiée de son père. Apparemment, le peintre avait même commencé par lui donner le même écartement de jambes que Holbein à son père, avant de se rendre compte que sur un enfant de cet âge, ce serait ridicule. 

Waddesdon, The Rotschild Collection

Robert Dudley, comte de Leicester. Ecole anglo-hollandaise. Waddesdon, The Rotschild Collection.

 Deuxième coup de cœur : un portrait du premier favori d’Elisabeth I, Robert Dudley, comte de Leicester. Elle en était véritablement amoureuse, a failli l’épouser, et y a renoncé sous la menace d’un soulèvement nobiliaire. De visage, l’amant de la reine est d’une rare laideur ; néanmoins le portrait est très beau. Le gentilhomme avait mis pour l’occasion un pourpoint de satin gris et blanc, que le peintre a magnifiquement rendu. 

Elisabeth I en tenue de sacre. Vers 1600-1610. Copie d’un original realisé vers 1559. Londres, National Portrait Gallery.

 Troisième coup de cœur, qui n’est pas d’époque du tout : la robe portée par Cate Blanchett dans le film Elisabeth. On la découvre dès l’entrée de l’exposition, consacrée à la « mythologie » des Tudor… mais la vitrine, encastrée dans la cloison, est vitrée des deux côtés, et on peut ensuite comparer la robe au tableau dont elle a été copiée. 

 Et aussi, plus brièvement et en vrac : une bague d’Elisabeth Iere contenant deux minuscules portraits, dont un d’Anne Boleyn ; un portrait un peu spécial d’Édouard VI ; une chape de la fin du XVe siècle, dans un état de conservation assez spectaculaire, des gravures et des projets de costumes pour opéras et pièces de théâtres consacrés aux Tudor pendant le XIXe siècle… 

L’exposition part de la place des Tudors dans les imaginaires contemporains, puis nous trace le portrait de chacun des rois par ordre chronologique, avant de montrer la place des Tudors dans la littérature et la musique du XIXe siècle.

 Bref, une belle exposition, que je ne saurais trop vous recommander.

J’ai une seule remarque désagréable à faire : si vous y allez un jour de pluie, prenez un parapluie. J’ai eu une demi-heure d’attente – il pleuvait.

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Et voilà !

J’y pensais depuis quelques jours, ou peut-être depuis quelques années…

Voici l’ouverture de mon blog. Vous y trouverez des critiques d’expositions, peut-être quelques explications sur la manière dont fonctionne le petit monde joyeux du patrimoine, ce genre de choses.

Je n’ai pas la moindre intention de m’amuser à commenter l’actualité, à part peut-être l’actualité patrimoniale – et encore c’est peu probable.

Le titre de mon blog, Flos Artium, est latin ; il veut dire, tout simplement, fleur des arts. Comme l’enfant qui cueille indifféremment pâquerettes, pissenlits ou roses, je tâcherai de cueillir de tout pour vous l’apporter, du plus simple au plus complexe, pour qu’il y en ait pour tous les goûts.

A bientôt ! La première critique d’exposition devrait arriver très vite, dans les heures ou jours qui viennent.

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